Le ventre de la femme enceinte

par Magalie Rodrigue, D.O.

 

ventre

 

Au gré des consultations avec les femmes enceintes, certains sujets reliés à la période postnatale sont devenus incontournables. Dans cette série d’articles, je vous livrerai l’essentiel de ces discussions entre mères.

La majorité des femmes portant un enfant s’inquiète, dans des proportions différentes et à des moments différents, de l’apparence de leur ventre après l’accouchement. Voilà pourquoi ce premier article parlera du ventre de la femme pendant la grossesse et après l’accouchement.

Pendant la grossesse

Pour débuter, quelques notions de physiologie s’imposent. Les abdominaux sont composés de trois couches : superficielle, intermédiaire et profonde. Ils ont plusieurs fonctions. L’une d’elles est de protéger les organes et d’aider à les maintenir en place en formant une gaine autour de l’abdomen. Les organes abdominaux sont aussi soutenus par des tissus fibreux (ligaments, fascias, aponévroses) qui les relient au squelette, aux muscles et à d’autres organes. La grossesse modifie ces deux dynamiques. Au fil des semaines, les muscles abdominaux sont étirés considérablement. De plus, plusieurs ligaments qui soutiennent les organes tels que le petit intestin, le foie, l’utérus et la vessie sont mis sous tension par la présence du bébé qui occupe de plus en plus d’espace. Afin de faciliter le processus, une hormone, la relaxine, est sécrétée. Celle-ci agit sur tout le corps de la femme afin de l’assouplir. En résumé, les tissus de la femme en fin de grossesse n’ont plus le même tonus. Ils sont relâchés et étirés.

Rectus abdominis=Grand droit=couche superficielle.  Muscles transverse, oblique interne et externe=couche profonde

Rectus abdominis=Grand droit=couche superficielle. Muscles transverse, oblique interne et externe=couche profonde

 

Diastase des muscles ‘grand droit’ (à droite)

Diastase des muscles ‘grand droit’ (à droite)

L’étirement des abdominaux superficiels augmente considérablement les chances qu’ils s’écartent; c’est ce qu’on appelle la diastase. Afin de prévenir cette complication, il est important d’éviter de solliciter spécifiquement ces muscles. Ainsi, pendant, la grossesse, les mouvements de redressement du tronc sont à proscrire.

Ensuite, bien que la couche profonde des abdominaux soit aussi étirée, ceux-ci ne risquent pas de s’écarter. Ils peuvent aider à diminuer les tensions dans l’abdomen. Quand le ventre est bien rond et pesant, la contraction en douceur de ces muscles peut limiter les tensions sur les ligaments, les aponévroses et le dos. Il suffit de rentrer le nombril. Je donne souvent l’image suivante pour aider les femmes à comprendre l’action : faites comme si vous vouliez prendre votre bébé avec vos muscles et le coller plus près de votre colonne vertébrale lors des mouvements de transition. Par exemple, quand vous vous retournez dans le lit ou quand vous vous relevez du fauteuil. Dans le même ordre d’idées, lors des périodes de repos, je suggère de placer un coussin sous le ventre de façon à soutenir l’abdomen. Rien ne sert de laisser la gravité étirer les tissus plus qu’ils en ont besoin.

Finalement, il est possible de limiter la pression à l’intérieur de l’abdomen par l’expiration. Le diaphragme thoracique est le muscle responsable de la respiration. Il est en forme de coupole et est situé juste en bas des poumons. Au moment de l’inspiration, le centre de la coupole s’abaisse, créant plus d’espace dans le thorax et diminuant la pression thoracique. L’air peut entrer plus facilement. À l’expiration, la coupole retourne vers le haut, créant plus d’espace dans l’abdomen et diminuant ainsi la pression à l’intérieur de la cavité. Lorsqu’un effort doit être fait, il est important d’expirer.

Après l’accouchement

Une patiente m’a dit un jour, en parlant de sa période postnatale immédiate : « J’ai eu un choc ! On voit toujours les femmes avec leur ventre rond. Mais la photo de la femme à la 42ième semaine, on ne la voit pas ». À défaut de photo, voici ce à quoi la femme peut s’attendre.

Le ventre de la femme qui vient d’accoucher reste distendu pour plusieurs semaines car la relaxine modifie la tonicité des tissus, et ce, même après la grossesse. Cette hormone est donc sécrétée pendant la période postnatale. De plus, si la mère allaite, elle peut être sécrétée jusqu’à six mois après l’accouchement.

De plus, avant de retrouver une silhouette plus habituelle, l’abdomen doit passer par un processus d’involution. Lors de ce processus, l’utérus retrouve sa taille originale. En deux semaines, une bonne partie de l’involution est faite. Mais il faut attendre de deux à trois mois pour que le processus soit complet. À mon avis, ce principe peut être appliqué à l’ensemble de l’abdomen. L’utérus occupait beaucoup d’espace et le corps doit combler graduellement ce vide. Les femmes ressentent parfois des mouvements dans l’abdomen pendant cette période. Les organes se replacent et, graduellement, les tissus gagnent plus de tonus.

Pendant les premières semaines postnatales, soit environ six semaines, les même principes s’appliquent aux abdominaux. La couche plus superficielle doit être protégée. La couche plus profonde peut être mise à contribution par la rentrée du nombril. Cependant, il est primordial de l’accompagner d’une contraction du plancher pelvien et d’une expiration. On évitera ainsi d’augmenter la pression intraabdominale sur les organes et sur le périnée. En fait, contracter le plancher pelvien et expirer sont des gestes qui devront être répétés pour chaque effort susceptible d’augmenter la pression dans l’abdomen. Soulever bébé dans sa coquille et aller à la selle en sont des exemples.

À mon avis, dans cette période, le corps de la femme est en jachère. Il a besoin d’un moment de repos. Je ne crois pas que ce soit un bon moment pour entreprendre des programmes de conditionnement physique, ni même de rééducation, à moins que des conditions particulières l’exigent. Cependant, les femmes ont souvent le désir de poser des gestes concrets vers la reprise de leur l’activité physique. Dans ce cas, je vois les exercices de contraction du plancher pelvien et des abdominaux profonds comme un début de tonification. La rééducation formelle et l’entrainement viendront plus tard.

Amicalement,

Magalie Rodrigue, D.O., Ostéopathe à la Clinique d’ostéopathie Espace O

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Références :
Allard, Madeleine; Desrochers Annie ( 2010). Bien vivre l’allaitement. Montréal: Hurtubise.
Brabant, Isabelle ( 2001). Une naissance heureuse. Montréal: les Éditions Saint-Martin.
Dumoulin, Chantale (2000). En forme après bébé, exercices et conseils. Montréal : Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine.
Kapandgi, I Adalbert (2001). Anatomie fonctionnelle, tête et rachis. (Paris) Éditions Maloine.